Édouard Beaucamp
 
 
 
 
 
 
 
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Vous recherchez un prête plume pour…


CONCRÉTISER un projet de roman, de scénario, d’ouvrage spécialisé ou d’essai que vous n’arrivez pas à démarrer ou à poursuivre.

RACONTER l’histoire d’un voyage, d’une carrière, d’un combat ou d’une aventure personnelle.

PERFECTIONNER le style et la structure d’un texte via l’expertise et l’accompagnement d’un professionnel.

PARTAGER le récit de votre vie, de celle d’un aïeul ou d’un de vos proches.


Scénariste et réalisateur diplômé de l’École Nationale Supérieure des Métiers de l’Image et du Son (Fémis), auteur audio descripteur, prête-plume et biographe, je vous accompagne pour écrire votre projet et le préparer à sa diffusion, qu’il s’adresse à un cercle privé ou à des professionnels. 

Quelques exemples de mon travail :

Essai professionnel édité

Biographie auto-éditée

Essai professionnel auto-édité

Auteur réalisateur


 

Prestations


Une écoute et une confiance

Mon activité de scénariste consiste souvent à lire des projets en gestation, parfois très embryonnaires, et à écouter méticuleusement leurs auteurs. La première étape est la confiance : mon rôle est d’être une oreille attentive, sans jugement, et de les aider à creuser leur projet pour mieux préciser leur intention. 

Le travail de prête plume relève de cette même écoute. Nous faisons connaissance lors d’un premier échange, nous établissons un rapport de confiance, puis nous tentons de cerner l’essentiel du projet et de réfléchir à la forme la plus juste possible.
Une série d’entretiens me permet ensuite de recueillir la matière du récit, avant de vous proposer les premiers chapitres du texte.

Ces échanges sont plus précieux et productifs qu’on ne l’imagine. Ils ouvrent souvent des portes inattendues et mènent à des idées, des souvenirs et un texte qu’il aurait été impossible de composer seul.

 

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Prestations


Une écriture sur mesure 

Dans le cadre d’une biographie, le travail d’écriture vient souvent après les entretiens, mais les deux peuvent s’enchevêtrer. La transcription des enregistrements retravaillée suffit souvent à donner un texte juste et percutant. Dans d’autres cas, un travail plus poussé de composition est nécessaire.

Aucun projet n’appelle la même relation. Certains clients préfèrent me laisser libre et interviennent peu dans l’écriture, d’autres suivent au plus près l’avancée du travail et y participent activement. 

L’idée est que je vous prête ma plume : vous choisissez la manière dont nous allons travailler ensemble. Pour cela, le texte vous est toujours remis progressivement, dans un souci d’échange et de remaniements à la demande. 

 

 

Tarifs


Un tarif global et modulable 

Le tarif horaire étant inadapté au travail d’écriture, je facture mon travail de rédaction à la page. Cela permet de fixer un budget global en fonction de la longueur estimée du texte, et permet ainsi d’adapter l’ambition du projet au budget que vous souhaitez lui allouer.
Pour tout texte s’adressant à un cercle privé ou destiné à l’auto-édition (biographie, fiction, essai), comptez entre 35 et 40 euros par page au format standard de publication. Ces tarifs incluent les entretiens, la rédaction, les relectures communes et les révisions qui en découlent.
Le paiement s’effectue après chaque remise et validation de texte, ce qui vous garantit une maîtrise constante de l’avancée du projet tout en l’échelonnant à votre convenance.

Si vous êtes éditeur, ou si votre projet s’adresse à des professionnels de l’édition, mes prestations assurent une confidentialité et une cession des droits d’auteur de manière contractualisée. Merci de me contacter pour obtenir un devis personnalisé.

 

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Contact


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Quel que soit votre projet, n’hésitez pas à remplir le formulaire ci-dessous pour une demande d’information, un premier entretien ou un devis gratuit.

Vous pouvez également me contacter via ma page Facebook.


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Extraits


Marguerite, une dame de quatre-vingt-seize ans, exprimait régulièrement le regret de ne pas avoir tenu un journal durant sa vie. À la demande d’un de ses petits-fils, je me suis rendu à Lyon pour recueillir ses souvenirs et écrire son récit.
Vous trouverez dans les extraits suivants l’introduction, un souvenir de vacances et un épisode de guerre. Ils sont publiés avec l’aimable autorisation de Marguerite et sa famille, et sont soumis au droit d’auteur. Afin de préserver leur anonymat, les noms de famille des personnages sont masqués.


Introduction — VINCENT

Souvenirs d’enfance — LES Petits Toulousains aux Pyrénées

GUERRE — L’incarcération de rené et louis


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EXTRAIT

INTRODUCTION — Vincent


De mon temps, on ne parlait pas beaucoup de nos aïeux. Je ne sais strictement rien sur eux. Je reconnais que lire leur histoire m’aurait intéressée. Écrire un livre sur ma vie me paraît toutefois extravagant, je doute fortement qu’il y ait assez de matière. 

J’espère que certaines choses me reviendront au fur et à mesure. Laurence, ma grande sœur, m’aurait été bien utile dans cette tâche. Elle m’a suivie presque partout dans ma vie. Tout ce qu’elle a vécu à mes côtés, elle le voyait sûrement mieux que moi. 

J’ai quatre-vingt-seize ans, et de mes six frères et sœurs, il ne reste que moi — je touche du bois. La dernière fois que je suis allée à Toulouse pour voir un membre de la fratrie, c’était il y a déjà plusieurs années. J’ignore si j’y retournerai un jour, mais lorsqu’on vit si loin du pays où l’on est né, il y a des endroits qu’on souhaite revoir sans se l’expliquer. Même s’ils renferment de mauvais souvenirs, on a besoin de les retrouver.    

Je n’ai aucune intention de taire les choses. Au contraire, quand je serai morte tout cela n’aura plus aucun intérêt. Et si mes enfants, mes petits-enfants et tous les autres ont parfois un après-midi de libre, ils pourront se retrouver et rire — car il y a des choses qui vont les faire rire — en regardant un peu ce que la mamie faisait. 

Je n’ai pas toujours été simple, et je ne me suis pas toujours laissée faire. Certains risquent d’apprendre des choses qu’ils ignoraient. C’est pourquoi il me semble important d’aller aux faits. Certains seront intéressants, et d’autres, parfaitement idiots.

Les premiers souvenirs qui reviennent spontanément à Marguerite ont près de quatre-vingt-cinq ans. Ce sont les espiègleries d’une gamine de onze ans et de son inséparable sœur, loin de leur famille, le temps d’un été dans une ferme des Pyrénées. Le genre de « conneries », dit-elle, qu’elle a souvent racontées aux enfants. De toutes les choses qui peuplent sa mémoire, ces journées à l’écart du monde sont parmi les rares que Marguerite revoit immédiatement comme elle les a vécues. La petite fille qu’elle était alors, pourchassant les oies et chahutant d’énormes cochons, n’est sans doute pas très différente de la Marguerite d’aujourd’hui. Vive, entière, elle apparaît à travers son récit comme une femme solide et décidée, qui ne s’est, insiste-t-elle, « jamais laissée faire ».

Se remémorer son enfance et sa famille à Toulouse, entourée de ses six frères et sœurs, n’est pas aussi simple. 
De ses parents, elle garde le souvenir de gens braves et modestes, certes sans argent, mais assurant leur rôle du mieux qu’ils le pouvaient. Honnêtes et sans histoire, ils aimaient vivre simplement. Petite, il semblait par moments à Marguerite que leur avenir s’annonçait triste, et elle regrette encore parfois qu’ils n’aient pas eu davantage d’ambition. 
Le couple faisait preuve d’un courage singulier pour subvenir aux besoins de sept enfants. L’unique salaire de son père, ouvrier, n’était pas suffisant. Ils étaient régulièrement aidés par le bureau de bienfaisance de la commune, qui leur portait le pain, leur lavait les draps et les assistaient dans toutes sortes de tâches qui pouvaient un tant soit peu les secourir. Lorsqu’on apportait ainsi des pains de quatre kilos à la maison, Marguerite voit encore sa mère soulagée, ravie : c’était l’assurance d’être tranquille pour quelques jours. 

Les images qu’elle garde de son père Vincent sont particulièrement lointaines. Mort subitement alors qu’elle avait dix-huit ans, il aura été pour elle une présence essentielle, mais trop fugace. Lorsqu’on est jeune, dit-elle, les journées se succèdent sans que l’on sache suffisamment profiter d’un parent, aussi gentil soit-il. 
Né le 9 novembre 1869 dans le village de Catllar en Catalogne française, Vincent *** avait quarante ans lorsqu’il épousa Blanche *** à Toulouse. Marguerite vint au monde le 8 avril 1922, alors qu’il en avait déjà cinquante-trois, et après quatre premiers enfants. Son âge avancé et l’absence continuelle qu’impliquait son travail auront laissé peu de temps à Marguerite pour éprouver leur relation. Le regret est d’autant plus vif qu’elle l’aimait beaucoup. 
Petite, elle passait de longs moments sur ses genoux, et jamais il ne lui refusait un jeu. Son bon caractère en faisait un excellent partenaire avec lequel elle se plaisait, car il semblait toujours s’amuser autant qu’elle. « Quand j’avais de la peine, j’allais vers lui parce qu’il était sensible, on pouvait parler avec lui. Il me disait “viens là, tu seras à l’abri comme ça.” Avec ma mère, automatiquement on recevait des taloches, alors on lui confiait moins de choses. » 
Il faut dire que Vincent était beaucoup moins présent que sa femme, qui gérait le quotidien des sept enfants. « La pauvre, elle s’en voyait… alors on n’avait moins d’attaches visibles. Lui, au contraire, était très content de nous prendre dans ses bras, il compensait. » 

Travaillant à la Cartoucherie de Toulouse en tant que manœuvre, Vincent s’épuisait à petit feu, trop âgé pour supporter un tel labeur. Lorsqu’il rentrait à la maison, il s’échinait tout autant, raccommodant les chaussures de ses enfants, réparant tout ce qu’il y avait à réparer. Son salaire d’ouvrier ne suffisait pas à nourrir sa famille et les dettes se multipliaient. Marguerite revoit ses parents examiner sans cesse leur carnet de comptes. « Ils notaient tout ce qu’on dépensait et tout ce que les commerçants leur avançaient, mais ils n’arrivaient presque jamais à rembourser ». Trouver un logement en ville releva du parcours du combattant : « On arrivait à neuf personnes… pensez-vous, il trouvait rien mon père ! » 

La famille parvint à s’installer loin du centre, en cité, dans une petite maison mitoyenne munie d’un bout de jardin. « On y était bien. Mon père y cultivait son potager. On avait des poules, des lapins. Ils faisaient pousser de tout de manière à en avoir un peu. » 

(…)

Lorsqu’il n’était pas absent, Vincent se montrait particulièrement attentif à ses enfants. Il conseillait souvent à Marguerite de ménager sa sœur, Laurence, de deux ans son aînée : 
«  Ne la bouscule pas, disait-il, elle est plus fragile que toi ! » 
Des trois filles, Marguerite était la seule que son père appelait « le garçon manqué ». Laurence, elle, était celle qu’il couvait. 
«  Toi, confiait-il à Marguerite, je ne peux pas te comparer à elle. Elle est différente, vous n’êtes pas faites pareil. Alors, ne la bouscule pas, fiche-lui la paix ! »
Marguerite dépensait en effet une certaine énergie à trouver le moyen d’embêter les autres, ou tout du moins à trouver un sujet, dit-elle. Espiègle, elle ne faisait pour ainsi dire que des conneries. Encore aujourd’hui, elle ne sait pas vraiment pourquoi. Ce dont elle est sûre, c’est que les conseils de son père auront déterminé beaucoup de choses dans leur relation. Toute sa vie, Laurence a suivi Marguerite partout où elle allait, s’accrochant à cette petite sœur plus forte, plus résistante, comme si la cadette était devenue l’aînée. 

Issu d’un milieu paysan, Vincent était également très sensible à la nature, ce qui peuplait la maison, en plus des enfants, d’un certain nombre d’animaux. Il estimait que l’homme était fait pour vivre entouré de bêtes, en particulier les plus jeunes. 
«  N’élevez jamais des gosses quand il n’y a pas d’animal. Il faut qu’ils aient le contact avec l’animal. »
Ainsi, la famille était constamment accompagnée de chiens, de chats et, parfois, de portées de chatons. Il fallait alors s’en séparer, ce qui occasionnait toujours de vives protestations. 

Vincent *** est mort le 22 août 1940, à soixante-douze ans. Marguerite, qui sortait à peine de l’adolescence, était enceinte de son premier enfant, Annie, qui allait naître à l’automne suivant.
« Tu sais, je m’en vais, mais ça ne fait rien, y’a quelqu’un qui arrive », lui avait-il dit peu de temps avant sa mort.
Pour Marguerite, le plus triste fut d’entendre le médecin dire à sa mère : « Je ne peux rien faire pour lui. Il a trop travaillé. Il n’est pas vieux, il est usé. » 



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EXTRAIT

sOUVENIRS D’enfance — LES petits toulousains aux pyrénées


En 1901, la loi autorisant les associations à but non lucratif permit la création, l’année même, des « Petits Toulousains aux Pyrénées ». Son rôle était d’offrir des vacances aux jeunes toulousains défavorisés. Toujours active aujourd’hui, elle est devenue un centre de placement familial pour enfants et adolescents sous protection judiciaire.
À l’époque, elle regroupait tout un réseau de familles qui, par solidarité et sur la base du volontariat, acceptaient d’accueillir un ou deux petits citadins dans leur campagne le temps d’un été. (…)

Cet été-là, Marguerite et Laurence furent déposées chez une mère et sa fille qui géraient seules leur ferme dans la montagne. La fille ne devait pas être beaucoup plus jeune que la mère, car Marguerite se souvient de deux vieilles dames, et ni l’une ni l’autre ne respirait franchement la joie de vivre, si bien que les fillettes s’ennuyèrent ferme dès la minute où elles leur firent face. Austères, les deux femmes affichaient une sorte de mélancolie constante et ne disaient pratiquement rien. 
À table, l’ambiance était sinistre, car les deux dames se mettaient régulièrement à pleurer sans que les fillettes ne comprennent pourquoi. Donnant des coups de coudes à Laurence, Marguerite regardait cela d’un air canaille, et dès que leurs hôtes avaient le dos tourné, les deux sœurs éclataient de rire. 
« Quand j’y repense, mon dieu que nous étions égoïstes ! Ces pauvres mémés ne recevaient jamais personne, elles étaient malheureuses et nous on se moquait d’elles… Dès qu’elles pleuraient on riait dans notre barbe… Oh, c’est affreux ! »

Agacée par cette ambiance cafardeuse, Marguerite se mit rapidement en quête de distractions. Chaque semaine, les deux mémés partaient au marché et laissaient les fillettes veiller sur la ferme, ce qui lui donnait l’occasion d’exercer sa malice. 
« Elles nous disaient “on revient dans quelques heures, soyez sages hein !”, et moi, dès qu’elles étaient parties, je faisais que des conneries. » 
En explorant la ferme, Marguerite avait repéré un bel enclos que les dames avaient fabriqué pour leurs oies. Désirant les engraisser, elles les y enfermaient une partie de la journée de manière à ce qu’elles ne se dépensent pas trop. 

Lors d’une chaude matinée, la fillette eut l’improbable idée d’utiliser les plumes de ces volatiles pour se confectionner un éventail. Laurence, bien qu’un peu perplexe, se prêta au jeu, et alors que les oies déambulaient tranquillement autour de la ferme, les deux sœurs s’évertuèrent à les guider l’une après l’autre dans l’enclos. 
Une fois la volaille capturée, Marguerite sauta par-dessus la barrière et poursuivit gaillardement les volatiles dans l’espoir de leur arracher quelques plumes. Furieuses, les oies se rebiffèrent en claquant du bec. Elles cacardaient si fort que Laurence se mit à rire comme une baleine, criant à sa sœur « mais arrête ! T’as assez des plumes ! » 
Marguerite eut en effet de quoi fabriquer un magnifique éventail, mais elle ne s’arrêta pas en si bon chemin. Galvanisée, elle scruta le décor à la recherche d’un nouveau forfait. 

À côté de la ferme se trouvait un étang, au-dessus duquel s’étendaient les branches d’un vieux pommier. De nombreuses pommes gâtées flottaient un peu partout à la surface de l’eau, inspirant à la fillette une idée diabolique :
« Nous allons nourrir le cochon avec ces pommes, lança-t-elle à sa sœur. On va le pousser dans l’eau et il les mangera. »
Laurence fut assez emballée par le projet, et les fillettes s’élancèrent vers la porcherie où l’animal dormait. Elles ouvrirent son enclos, le firent se lever et le guidèrent jusqu’au bord de l’étang. Là, chacune appuyant sur son postérieur, elles le poussèrent brusquement dans l’eau. Conformément aux plans de Marguerite, le cochon s’intéressa à quelques pommes qu’il fit mine de croquer, mais perdant pied à mesure qu’il avançait dans l’étang, il paniqua et se rua hors de l’eau. 

Les fillettes assistèrent alors à un spectacle qui les ravirent au plus haut point. Déboulant comme un taureau dans la ferme, le cochon bouscula de nombreux membres de la basse-cour, parmi lesquels une petite poule particulièrement irascible. Cherchant à défendre ses poussins, elle bondit sur le dos du cochon et lui flanqua des coups de becs, ce qui, au grand ravissement des deux sœurs, le plongea dans une colère noire.
Déchaîné, l’animal fonça inexplicablement vers le lavoir, où il y dévora la moitié d’un gros savon de Marseille. La gueule couverte d’écume, il retourna alors vers l’étang, « peut-être pour se laver », suppose Marguerite, qui rit toujours autant de la scène qu’à l’époque. Les petites filles avaient de fait terminé hilares, ravies de la tournure qu’avait pris leur farce.

À leur retour du marché, les deux paysannes remarquèrent immédiatement la disparition d’une moitié de leur savon. 
« À l’époque on n’en avait pas beaucoup, ils étaient très gros. » 
Marguerite et Laurence s’enlisèrent dans une explication vaseuse, essayant de leur faire croire que le cochon avait entrepris une évasion. 
Elles n’écopèrent jamais de punition malgré l’évidence de leur implication, et elles commencèrent à se dire que ces vieilles dames, aussi déprimantes fussent-elles, étaient somme toute assez braves. 
« Elles étaient gentilles ces mémés les pauvres. Elles étaient bonnes avec nous. Je reconnais que garder des filles comme on était nous, il fallait de la patience. »

Un soir, les deux femmes expliquèrent à Marguerite et Laurence ce qui les rendait si malheureuses. La plus jeune de ces deux fermières leur raconta qu’elle avait eu un fils, un petit garçon qui avait le même âge qu’elles. Il vivait ici, élevé par sa grand-mère et sa mère. 
Comme Marguerite et Laurence, il aimait explorer les moindres recoins de la ferme et des alentours. Espiègle et curieux, il inventait sans cesse de nouvelles bêtises à expérimenter, mais un jour, sa curiosité lui en fit faire une grave. 
Furetant dans le débarras du garage, il trouva une grande bouteille en verre remplie d’un liquide aussi blanc que du lait. Il l’ouvrit et ne put résister à l’envie de goûter au breuvage, dont il avala une bonne gorgée. 
Il fut rapidement pris de crampes, de vomissement et tomba gravement malade, entouré de sa mère et de sa grand-mère totalement impuissantes. Il succomba peu à peu en souffrant le martyre, empoisonné par la potasse qu’il avait ingérée. 
Inconsolables, les deux femmes firent progressivement le vide autour d’elles, ne recevant plus jamais personne. Elles avaient fini par rompre cet isolement en décidant d’accueillir Marguerite et Laurence, espérant que la compagnie d’enfants redonnerait un peu de vie et de joie dans leur quotidien.  



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EXTRAIT

GUERRE — l’incarcération de rené et louis


Parmi les nombreux clients du Pavillon Blanc, un jeune homme qui fréquentait le bistrot depuis trois ou quatre ans demanda un jour à Louis, le beau-père de Marguerite, s’il pouvait garder pour lui un paquet contenant d’étranges rouleaux de papier :

« Je te le mets là, je passerai le reprendre ce soir. »

Ne sachant pas quoi en faire et n’aimant pas l’idée de les garder derrière le bar, Louis se rendit dans la cuisine attenante, où Marguerite se souvient encore l’avoir vu poser le paquet sur un buffet. 
Louis ayant connu la guerre, une partie de lui suspecta assez vite que quelque chose ne tournait pas rond, et il ne fut qu’à moitié surpris lorsqu’au soir venu, ce fut un groupe de soldats allemands qui frappa à la fenêtre du bistrot pour récupérer ces mystérieux papiers.
Avant même qu’ils fussent entrés dans le restaurant, Louis avait flairé le danger. « J’ai peur à cause de ce paquet », avait-il dit à sa femme dans la cuisine, et il s’était précipité au fond du jardin pour s’en débarrasser dans les toilettes. Les W.C. étaient rudimentaires, composés d’une courte évacuation qui donnait directement sur une fosse. Louis n’eut qu’à enfoncer son bras jusqu’à l’épaule pour bazarder définitivement le paquet, et lorsque les soldats entrèrent dans le restaurant, il fit mine de ne pas comprendre leur requête.
« Les papiers ! Les papiers ! Où sont les papiers ? », avaient-ils crié en fouillant les moindres recoins du bistrot. Qu’ils eussent contenu la liste de résistants ou de citoyens juifs, ces papiers semblaient revêtir une importance capitale, et il était désormais évident que le garçon, sans doute membre d’un réseau quelconque, avait été arrêté et interrogé. 
Louis refusa obstinément d’admettre avoir été en possession du paquet, et parce que René lui porta main forte, tous les deux furent menottés et embarqués par la Gestapo. 

Durant trois mois, les deux hommes restèrent enfermés à la prison Saint-Michel. Marguerite assista Marie dans la gestion du restaurant, et chaque semaine, elle se rendit avec « Vivi », sa belle-sœur, à la prison. Les visites étaient interdites, mais il était possible de transmettre du linge propre, quelques affaires ou une lettre. Marguerite fit passer à René une des premières photos qu’elle fit de leur fille Annie, posant avec le bébé dans ses bras. Elle lui écrivit également des petits mots, mais l’idée de les confier à des soldats allemands ne lui plaisait pas. Elle entreprit donc de glisser ses missives dans les élastiques des slips de René. La plupart du temps, ces messages sur papier de soie ne faisaient que donner des nouvelles d’Annie ou du restaurant, et les geôliers allemands n’y auraient rien trouvé de croustillant, « mais c’était une question de principe. »

Un jour, alors que Marguerite et Yvette faisaient la queue pour remettre leurs paquets hebdomadaires à la prison, des soldats l’appelèrent par son nom et lui intimèrent l’ordre de les suivre. Vivi protesta : « moi je la laisse pas partir toute seule avec vous, je vais avec elle ! », et les belles-sœurs furent emmenées dans les services administratifs. 
Là, assis derrière un bureau dont la taille disproportionnée marqua Marguerite, une sorte de chef la soumit à un interrogatoire. Ses petits papiers roulés dans les slips avaient été découverts, et l’homme était surtout curieux de comprendre ses raisons. Les mots avaient été passés au crible, rien de secret ou de compromettant n’en ressortait, il était donc intrigué. Marguerite lui expliqua qu’elle n’aimait pas qu’on fourre le nez dans ses affaires, et l’homme, plus amusé qu’autre chose, fit mine de la sermonner avant de la laisser repartir.

Quelques temps après, René transmit une demande à Marguerite : il souhaitait qu’elle lui apporte ses outils de coiffeur pour couper les cheveux de ses codétenus. Plus jeune, René avait un peu appris le métier, mais il supportait mal les produits qui lui donnaient des boutons et avait assez vite renoncé à cette vocation. « Il a tout fait, il a même étudié aux Beaux Arts… » 
Marguerite rassembla les outils de coiffure et les enroula dans une serviette blanche, plaçant le tout dans une valise. Devant la prison, les Allemands la repérèrent très vite dans la file, et elle eut droit à une nouvelle convocation. Cette fois, Vivi fut sommée de rester à l’extérieur — elle fondit en larmes. Les soldats emmenèrent Marguerite directement chez le directeur.
L’homme était grand et costaud, la quarantaine, et son attitude ne plaisait pas beaucoup à la jeune femme : il était vautré dans son fauteuil, les pieds posés sur son bureau. Minuscule dans cette immense pièce, Marguerite défendit sa valise comme elle put, l’homme l’ayant sommée d’expliquer ce qu’elle contenait. Un dialogue de sourds s’instaura, car ni le directeur ni ses subalternes ne comprirent ce qu’elle racontait, et le ton monta des deux côtés. 
« Moi je croyais que c’était normal vous comprenez, on n’était pas au courant de ce qui se passait à ce moment-là ! Alors je leur ai dit ben si vous voulez la voir, je vais vous la montrer ! » Et Marguerite posa la valise sur le bureau, l’ouvrit brusquement, et tous les Allemands sortirent du cabinet en paniquant. « Ils ont dû penser que c’était une bombe ou je sais pas quoi. Moi j’ai sorti mes outils, tranquillement… Alors ils ont rigolé. Mais si vous les aviez vus partir comme des fourmis, j’ai plus vu personne ! » 
Finalement, les Allemands comprirent ce que Marguerite voulait, mais ils refusèrent catégoriquement de transmettre cette valise à René. Ils la laissèrent repartir en riant et elle retrouva Yvette qui était morte d’inquiétude. 

Quelques jours plus tard, Marguerite s’aperçut qu’elle avait oublié son parapluie dans le cabinet du directeur et, tout naturellement, elle se rendit à la prison pour le récupérer. « J’avais un culot monstre, je me rendais pas compte. Je savais rien sur eux, je connaissais pas le système. Si je les avais mieux connus j’aurais pas fait pareil… ils auraient pu m’enfermer dix fois ! » 

À l’entrée de la prison, le dialogue de sourds recommença :
« J’ai oublié le parapluie, je viens le chercher.
- Et quoi ? Pourquoi le parapluie ? 
- Ben pour quand il pleut ! »

Les soldats finirent par emmener Marguerite voir le directeur, qui, probablement épaté par son culot, ordonna que l’on retrouve son parapluie. « Il était gentil avec moi. Il avait une quarantaine d’années et je devais l’attendrir… quand même, l’âge joue beaucoup. » 



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